Dictionnaires et lexiques bilingues : langues de Guyane

Bettina Migge

p. 11

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Bettina Migge, « Dictionnaires et lexiques bilingues : langues de Guyane », Langues et cité, 29 | 2017, 11.

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Bettina Migge, « Dictionnaires et lexiques bilingues : langues de Guyane », Langues et cité [En ligne], 29 | 2017, mis en ligne le 25 février 2022, consulté le 27 septembre 2022. URL : https://www.languesetcite.fr/285

Genèse du projet

Les États généraux du multilinguisme en Outre-mer, qui se sont tenus à Cayenne en décembre 2011, ont permis d’amorcer des projets concernant le plurilinguisme guyanais. Leurs recommandations ont insisté sur l’urgence d’équiper les langues de Guyane pour qu’elles puissent assumer un rôle plus actif dans la vie publique et dans les institutions guyanaises, notamment à l’école. C’est une attente aujourd’hui forte car les langues de Guyane continuent de jouer un rôle important dans la vie quotidienne et dans l’imaginaire social des Guyanais. Elles sont essentielles pour transmettre les connaissances relatives aux modes de vie et pour construire les représentations identitaires. Un des obstacles à leur intégration dans le système éducatif a toujours résidé dans l’absence de matériel de référence tels que des grammaires et des dictionnaires qui soient facilement exploitables par les enseignants. Pour combler ce manque, des linguistes et autres spécialistes de quatre langues (nenge(e), kali’na, teko, créole guyanais) ont mis en place le projet participatif « Dictionnaires et lexiques bilingues. Langues de Guyane », avec le soutien de la direction des Affaires culturelles de Guyane, du rectorat de Guyane et de l’Institut de recherche pour le développement de Cayenne.

Objectif du projet

Ce projet a pour objectif la création de bases de données lexicographiques permettant d’élaborer des dictionnaires bilingues et outils pédagogiques, comme des lexiques thématiques, pour cinq langues1 présentes dans le contexte éducatif guyanais (dispositif académique Intervenants en Langue Maternelle ou professeurs des écoles, classes bilingues créole-français). Le projet est appelé « participatif » parce que chaque dictionnaire est conçu comme une collaboration entre linguistes, pédagogues et enseignants locuteurs d’une des langues (ILM), ainsi qu’un ingénieur de recherche spécialiste de logiciels pour la gestion de bases de données linguistiques. Le travail principal se fait au cours de réunions d’une durée d’une semaine, deux ou trois fois par an. Celles-ci ont pour but de donner une formation progressive à la prise en main du logiciel Toolbox, et à la construction de l’architecture des fiches du dictionnaire pour chaque langue. Au début les groupes ont identifié les mots pour les entrées à partir des champs sémantiques et des lexiques déjà existants. Puis, chaque groupe a renseigné ces mots dans Toolbox. Après avoir produit un certain nombre d’entrées, les groupes ont commencé à introduire les traductions ou équivalences puis à construire les exemples et à les traduire. Ce travail est difficile car il n’y a pas toujours d’équivalence en français. Il demande une analyse fine de la structure de la langue pour bien définir les divers fonctions ou sens d’un mot et pour trouver de bons exemples pour les illustrer.

Résultats

Prévu pour une durée de trois ans, suspendu pendant un an (trois ans pour le kali’na), le projet a repris après quatre années. Les participants lui restent attachés et sont décidés à le mener à son terme. Deux des cinq bases de données sont presque terminées, deux autres en cours de réalisation. À travers ce projet, les participants ont acquis de nouvelles connaissances sur leurs langues, notamment sur les structures sémantiques et lexicales, les relations entre grammaire et lexique, les relations entre les langues et leurs perspectives culturelles, dans les langues maternelles comme en français, et entre français et langues maternelles.

1 Il faut également ajouter un dictionnaire de saamaka qui consistera en une traduction d’un dictionnaire saamaka déjà existant.

1 Il faut également ajouter un dictionnaire de saamaka qui consistera en une traduction d’un dictionnaire saamaka déjà existant.

Bettina Migge

University College, Dublin

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