Chronologie de la littérature yiddish

Natalia Krynicka

p. 6-7

Citer cet article

Référence papier

Natalia Krynicka, « Chronologie de la littérature yiddish », Langues et cité, 27 | 2015, 6-7.

Référence électronique

Natalia Krynicka, « Chronologie de la littérature yiddish », Langues et cité [En ligne], 27 | 2015, mis en ligne le 31 mars 2022, consulté le 05 juillet 2022. URL : https://www.languesetcite.fr/331

Dans sa période ancienne (XIVe-XVIIIe siècle, voir article d’A. Bikard, p. 5) la littérature yiddish est, aux yeux de la société juive de son temps, une production de second rang, destinée à l’instruction religieuse ou bien au divertissement des gens non versés dans les textes talmudiques en hébreu-araméen. À partir de la fin du XVIIIe siècle, elle prend progressivement une place centrale (au même titre que la production moderne en hébreu) dans les débats idéologiques traversant la vie des Juifs d’Europe orientale. Après 1880, elle évolue simultanément sur deux plans : on constate une diversification des genres, un épanouissement artistique, et l’essor de la presse (grand relais de la création littéraire) et du théâtre ; on voit cette littérature essaimer dans le monde entier, accompagnant et reflétant l’établissement de Juifs yiddishophones en Europe occidentale, aux Amériques, en Afrique du Sud et, plus tard, dans l’État d’Israël. Cette chronologie tente de donner une vue d’ensemble d’une histoire complexe.

1534 : Mirkeves Hamishne, dictionnaire biblique, premier livre yiddish imprimé (Cracovie).

1541 : première œuvre de fiction imprimée en yiddish, le Bove-bukh d’Elye Bokher-Lévita est un roman de che-valerie en vers inspiré d’une chanson de geste anglo-normande et de son adaptation italienne Buovo d’Antona(Isny en Allemagne).

1543-44 : Melokhim-bukh et Shmuel-bukh, deux grands poèmes épiques inspirés de la Bible (Augsburg).

1602 : Mayse-bukh (Bâle), livre d’histoires puisées dans la tradition juive et dans le folklore européen, ouvrage réédité à plusieurs reprises.

1622 : première des nombreuses éditions du Tsene-rene (Hanau en Allemagne) de Jacob ben Isaac Ashkenazi de Janow, appelée « Bible des femmes », en usage jusqu’à nos jours.

1686 : premier périodique yiddish, Kurantn (Amsterdam).

1790 : premiers ouvrages inspirés par la Haskala (les Lumières juives) née en Allemagne et vite transplantée en Europe orientale. Ce sont des pièces satiriques critiquant le hassidisme, et un livre de vulgarisation de médecine et d’hygiène. Pendant plusieurs décennies ils donnent le ton à la plupart des écrits issus de ce courant.

1815 : Sipure-mayses, histoires allégoriques bilingues yiddish-hébreu du maitre hassidique Rabbi Nakhman de Bratslav.

1817 : les idées de la Haskala se propagent en Europe orientale. Tsofnes-Paneyekh, de Khaim-Khaykl Hurwitz, est une adaptation en yiddish d’un livre allemand sur la découverte de l’Amérique (Berdichev, Ukraine).

1862-72 : publication du premier périodique yiddish en Russie, l’hebdomadaire Kol-mevaser (Odessa). Début de l’essor de la littérature yiddish moderne dans l’Empire tsariste.

1864 : Dos kleyne mentshele (Le Petit Bonhomme), premier roman du fondateur de la littérature juive moderne, Mendele Moykher-Sforim (pseudonyme de Sholem-Yankev Abramovitsh, 1836‑1917).

1876 : débuts du théâtre yiddish moderne : Avrom Goldfaden et les Broder-Zinger en Roumanie, en Galicie et dans l’Empire tsariste.

1883 : débuts littéraires de Sholem-Aleykhem (pseudonyme de Sholem Rabinovitsh, 1859-1916), l’humoriste yiddish par excellence.

1888 : Monish, poème de Yitskhok-Leybush Peretz, considéré comme le début de la poésie yiddish moderne, est publié dans l’almanach Yidishe Folksbiblyotek (Kiev).

1897 : naissance du Bund, mouvement socialiste ouvrier prônant une autonomie culturelle juive et le développement de la langue yiddish. Fondation du quotidien Forverts à New York (toujours publié de nos jours).

1903 : Der fraynd, premier quotidien yiddish en Russie, parait à Saint‑Petersbourg.

1907 : constitution à New York du groupe de poètes modernistes « Di yunge » (Les Jeunes).

1908 : lors de la conférence linguistique de Czernowitz (aujourd’hui en Ukraine) le yiddish est reconnu comme l’une des langues nationales juives. Essor de la presse quotidienne yiddish à Varsovie.

1914 : Di yidishe tsaytung, premier grand quotidien yiddish à Buenos‑Aires.

1918 : après la mort des « trois classiques » (Mendele Moykher-Sforim, Y.-L. Peretz, Sholem-Aleykhem) au cours de la première guerre mondiale, vient le temps des avant-gardes ; le groupe « Yung yidish » (Jeune yiddish) se forme à Lodz.

1919 : constitution à New York du groupe de poètes introspectivistes « In zikh » (En soi). Publication d’une édition artistique de Khad Gadye, illustrée par El Lissitzky (Kiev).

1920 : la pièce Der dibek (Le Dibbouk) de Sh. An-ski remporte un succès mondial.

1922 : création de deux revues d’avant-garde, Khalyastre (dont le n° 1 sort à Varsovie et le n° 2 à Paris en 1924, illustré par Marc Chagall) et Albatros, dirigée par le poète Uri-Tsvi Grinberg (à Varsovie puis Berlin).

1925 : fondation du YIVO (Institut scientifique juif) à Berlin ; la même année son siège est établi à Wilno. Création du GOSSET (théâtre yiddish d’État) à Moscou.

1926 : Parizer haynt, premier grand quotidien yiddish à Paris.

1939-1945 : génocide : environ six millions de Juifs, pour la plupart locuteurs du yiddish, sont assassinés.

1945 : commence la période de la khurbn-literatur (littérature de l’anéantissement), qui durera plus de trois décennies. Aux textes préservés d’auteurs morts pendant le génocide s’ajoutent les poèmes, nouvelles ou romans écrits par des survivants pendant ou après la guerre. Œuvre emblématique : Le Chant du peuple juif assassiné de Yitskhok Katsenelson (assassiné en 1944).

1948 : assassinat de l’acteur et metteur en scène Shloyme Mikhoels à Minsk — début d’une vague de répressions contre la culture yiddish en Union soviétique.

1949 : fondation, par le poète Avrom Sutzkever, de la principale revue littéraire yiddish de l’après-guerre, Di goldene keyt (La Chaîne d’or, Tel-Aviv, publiée jusqu’en 1995).

1952 : le 12 aout, exécution des principaux créateurs de la culture yiddish en Union soviétique.

1961 : sortie à New York du premier volume du Groyser verterbukh fun der yidisher shprakh (Grand Dictionnaire de la langue yiddish) ; le projet s’arrêtera au bout de quatre volumes ne comprenant que la lettre alef.

1971 : Di geshikhte fun der yidisher shprakh (Histoire de la langue yiddish, New York), œuvre monumentale de Max Weinreich.

1978 : le prix Nobel de littérature est attribué à l’écrivain yiddish Isaac Bashevis Singer.

1990-2015 : des écrivains nés pour la plupart après 1945 et issus majoritairement de l’ancien bloc soviétique se font connaitre en Israël, aux États-Unis et en Europe occidentale.

Natalia Krynicka

université Paris 4 Sorbonne — MCY