Caractériser les parlers du Croissant : un projet doctoral novateur

Amélie Deparis

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Amélie Deparis, « Caractériser les parlers du Croissant : un projet doctoral novateur », Langues et cité [En ligne], 30 | 2021, mis en ligne le 20 mars 2021, consulté le 26 octobre 2021. URL : https://www.languesetcite.fr/224

Les parlers gallo-romans ont été les sujets d’un grand nombre d’études. La France gallo-romane est constituée de trois grandes aires linguistiques : langues d’oïl, occitan et francoprovençal, dont les parlers ont été jusqu’à maintenant assez bien décrits et continuent encore à l’être. Aujourd’hui, doctorante en linguistique descriptive, je m’intéresse aux parlers d’une zone peu évoquée, située entre ces trois aires : le Croissant linguistique. Ce projet de trois ans de recherche que je viens d’entamer est d’un grand intérêt pour deux raisons principales.

Premièrement, le Croissant, nommé ainsi par Jules Ronjat (1913) et situé au Nord du Massif Central, est une aire de contact entre langues gallo-romanes. Au septentrion de cet espace se retrouvent les langues d’oïl, au midi la langue d’oc et sur sa pointe orientale, le francoprovençal. Des chercheurs comme Tourtoulon & Bringuier (1876), Brun-Trigaud (1990, 1992) ou encore Quint (1991, 1996) ont étudié en détail plusieurs variétés du Croissant et ont montré que ces langues présentaient simultanément des caractéristiques communes à l’oïl et à l’occitan. Il m’est alors apparu intéressant de regarder ces parlers de plus près et de répondre aux questions suivantes : (i) quels traits linguistiques les caractérisent par rapport aux variétés d’oïl et d’oc ? (ii) Comment ces traits varient-ils dans l’aire observée, en particulier au niveau géographique ? Et (iii) quelles sont les limites du Croissant linguistique ? Les enquêtes en cours révèlent des traits lexicaux, morphologiques et phonologiques propres à ces idiomes qui ne peuvent donc être aisément rattachés à l’oïl ou à l’oc.

Deuxièmement, ce projet doctoral dépend étroitement des personnes qui pratiquent couramment les variétés du Croissant. Or, cette population est vieillissante et la transmission de la langue au sein des familles s’éteint, il y a donc urgence quant à la récolte de données dialectales dans cette aire. Pourtant, nous ne manquons pas de volontaires : certaines personnes originaires du Croissant tiennent à cette identité qui leur est propre et sont ainsi prêtes à devenir nos informateurs afin de nous faire partager toutes les connaissances qu’elles ont sur leur langue. En sus de leur caractère linguistique, les enquêtes projetées revêtent aussi des dimensions sociales et historiques. Effectivement, les langues gardent en elles la mémoire des personnes qui les ont pratiquées et témoignent de cultures et de modes de vie propres à une époque donnée de notre histoire.

Dans le cadre de ce projet de thèse, j’aspire ainsi à décrire les parlers du Croissant et à en montrer les principales spécificités. Cette aventure doctorale constitue finalement une sorte de pont entre d’une part les linguistes qui s’efforcent de faire avancer la recherche dans le domaine des langues romanes et, d’autre part, les locuteurs du Croissant qui nous transmettent leurs mots, leur histoire et leurs savoirs.

Brun-Trigaud, G. (1990). Le Croissant : le concept et le mot. Contribution à l’histoire de la dialectologie française au XIXème siècle. (Thèse de doctorat). Université Jean-Moulin-Lyon-III.

Brun-Trigaud, G. (1992). Les enquêtes dialectologiques sur les parlers du Croissant : corpus et témoins. Langue française, (93) : 23-52.

Quint, N. (1991). Le parler marchois de Saint-Priest-la-Feuille. Limoges : La Clau lemosina.

Quint, N. (1996). Grammaire du parler occitan nord-limousin marchois de Gratempe et de Saint-Sylvain-Montaigut, Etude phonétique, morphologioque et lexicale. Limoges : La Clau lemosina.

Ronjat, J. (1913). Essai de syntaxe des parlers provençaux modernes. Mâcon : Protat Frères.

Tourtoulon, C. & Bringuier, O. (1876). Dossier sur la mission en France ayant pour but d’étudier la limite entre la langue d’oc et la langue d’oïl. Paris : Archives Nationales.

Amélie Deparis

Doctorante contractuelle au sein du projet ANR Croissant ; LLACAN – UMR 8135 (CNRS/INALCO/USPC)